Remarques sur la traduction : l’intégralité des extraits et citations originellement en anglais ont été traduits par l’auteur, même lorsque des traductions françaises existent déjà. Dans les notes de bas de page, les noms d’organisations internationales/ONG apparaissent dans la langue originale du document cité.
Une version anglaise de ce texte peut être trouvée ici.L’image utilisée pour l’illustration est une photographie de Majdi Fathi. On y voit des travailleurs palestiniens à un checkpoint près de BeitHanoun.
L’histoire du travail palestinien et de son rapport avec Israël est d’une importance cruciale pour comprendre l’économie politique du génocide en cours, ainsi que les politiques israéliennes présentes et futures vis-à-vis des territoires palestiniens. On retrouve dans la gestion sioniste du travail palestinien dès les débuts de la colonisation juive en Palestine les structures et logiques du colonialisme de peuplement qui, encore aujourd’hui, déterminent l’ensemble économique israélo-palestinien (c’est-à-dire incluant l’ensemble de la Palestine historique, intégrée dans les circuits de l’économie israélienne depuis 1967). Un examen historique de cette gestion coloniale du travail s’avère donc nécessaire.
Genèse historique : le sionisme travailliste et la conquête du travail
ومنفيون نمشي في أراضينا ؛ونحمل نعشنا قسرا بأيدينا ؛
أحمد مطر, منفيون
Pour comprendre correctement la situation actuelle, nous devons nous intéresser à la genèse historique de cette gestion coloniale du travail. Le projet sioniste, depuis sa création, a cherché non pas à exploiter la population indigène économiquement, mais fondamentalement à la remplacer et à l’éliminer.
La volonté de désarabiser la Palestine a formé un pilier crucial de la pensée sioniste dès l’instant où celle-ci est entrée sur la scène politique. […] La pensée de Ben-Gurion sur le sujet a été clairement articulée en 1937 […], le « vieil homme » tenait une position ferme : il fallait que le moins d’arabes possibles restent au sein du territoire de l’État1Ilan Pappe, The Ethnic cleansing of Palestine, Oneworld Publications, 2006, p.47-48 [Le nettoyage ethnique de la Palestine, La Fabrique, 2025]..
Se refusant d’exploiter la main-d’œuvre palestinienne, les colons juifs suivent une politique d’Avoda Ivrit (travail hébreux). Ce rejet n’est pas fondé sur des calculs économiques : au contraire, c’est précisément la subordination de l’économie israélienne à des impératifs politiques clairs qui définit la colonisation sioniste, aux dépens des intérêts financiers de la bourgeoisie juive.
Les sionistes entrèrent en conflit non seulement avec les paysans arabes expropriés, mais également avec les intérêts des colons du Baron [de Rotschild] qui préféraient utiliser le travail arabe à bas coûts. Cette question fût la principale source de conflits au sein de la communauté des colons pendant les trois premières décennies du siècle. Les premiers défenseurs de la politique du travail juif furent les éléments de gauche au sein du mouvement sioniste. Les éléments bourgeois, eux, étaient toujours tentés d’utiliser le travail arabe à moindre coût. […] Les fonds du mouvement sioniste furent souvent utilisés pour couvrir les différences entre le coût du travail arabe et celui du travail juif2Arie Bober (ed.), The Other Israel : The Radical Case Against Zionism, Anchor Books, 1972, p.38-39..
Dès la Seconde Aliyah (1904-1914), l’idée du travail hébreu est dominante au sein des colons juifs, et est imposée par la force aux plus hésitants.
Les idéologues sionistes étaient très clairs à propos de la nécessité d’exclure les Palestiniens du marché du travail, et de sanctionner les colons qui en employaient ou travaillaient à leurs côtés. […] Dans ses lettres [de Ben Gurion] et celles d’autres colons, les travailleurs hébreux sont désignés comme le sang sain qui immunisera la nation contre la pourriture et la mort3Ilan Pappe, Ten Myths about Israel, Verso Books, 2017, p.43-44 [Les Dix Légendes structurantes d’Israël, Les Nuits Rouges, 2022]..
Trois autres slogans caractérisent la colonisation juive en Palestine :
Le premier d’entre eux est Kibush Hakarka (Conquête de la terre). Cela signifie que la terre sainte de Palestine doit être faite patrimoine du peuple juif. Les juifs doivent travailler la terre, et les juifs seuls détiennent ce droit. […]
Le second slogan est Kibush Haavoda (Conquête du travail). En pratique, cela signifie que, autant que possible, les entreprises juives ne doivent employer que des travailleurs juifs. Cela signifiait aussi que l’Histadrout, qui refusait pratiquement l’adhésion d’arabes jusqu’au milieu des années 1950, avait comme principale fonction avant l’établissement de l’Etat en 1948 la mise en application d’un boycott du travail arabe.
Le troisième slogan est T’ozteret Ha’aretz (produit de la terre). En pratique, ce slogan signifiait le maintien d’un boycott strict des biens de production arabe. Les juifs ne devaient acheter qu’à des fermes et magasins possédés par des juifs4Bober, The Other Israel, p.11..
Pour les Palestiniens, cela se traduit par une exclusion totale de l’économie coloniale naissante, et donc une isolation effective de la communauté juive en Palestine sous les directives idéologiques que nous venons de détailler. À mesure que la colonisation sioniste progresse, et en particulier après l’établissement de l’État d’Israël à la suite du nettoyage ethnique de 1948, cette exclusion s’institutionnalise et se militarise progressivement. Les politiques racistes de l’Histadrout – le principal employeur en Israël à cette époque5« Peu après sa création, l’Histadrout était devenue la principale source d’emplois juifs en Palestine, exerçant ainsi un contrôle très centralisé sur tous les aspects de la vie des travailleurs tout en essayant de leur fournir un ‘salaire européen’. En 1933, pas moins de 75 % de la main-d’œuvre juive était membre de l’Histadrout, et le pouvoir de la fédération en tant qu’employeur de masse lui a permis de contenir l’inflation salariale tout en mettant en œuvre la politique du travail hébreu. » Andrew Ross, Stone Men : The Palestinians Who Built Israel, Verso Books, 2019. – assurent la mise en place d’un marché du travail ségrégé racialement ; le Fond National Juif, quant à lui, s’assure que seuls les juifs aient accès à la terre ; et les milices juives ainsi que l’armée israélienne imposent la ségrégation à travers le prisme de la « sécurité ».
À partir des années 1920, l’Histadrout organisait plus de trois quarts des travailleurs juifs et était le principal employeur après le gouvernement britannique. Elle faisait également tourner les échanges de travail, et était très intimement lié aux coopératives de ventes et de production. Avec toute cette structure, l’Histadrout était une base vitale du « quasi-gouvernement » des organisations sionistes, qui organisait l’éducation, l’immigration, ainsi que les affaires économiques et culturelles6Aufheben, Behind the Twenty-First Century Intifada, Treason Press, 2004 [Derrière l’Intifada du XXIe siècle, Échanges et Mouvement, 2003]..
Pour autant, l’Histadrout fut tout ce qui était en son pouvoir pour s’assurer que le résultat de la prolétarisation juive soit une nation juive, plutôt qu’une classe ouvrière multi-ethnique7Ross, Stone Men..
Le Fond National Juif (FNJ) fut établi en 1903 comme fond pour collecter des dons de la part de sionistes. Sa fonction principale a été celle d’organisme national chargé de l’administration des terres. Il fit l’achat de vastes étendues de terres au nom de « tous les juifs » et pris le contrôle d’une grande partie des terres acquises en 1948. Les terres du FNJ ne pouvaient être louées qu’à des juifs et exploitées par des juifs, et sont devenues propriété de l’État en 1948. Quatre-vingts pour cent des Israéliens vivent aujourd’hui sur des terres qui étaient initialement possédées par le FNJ, dont une grande partie est toujours contrôlée par celui-ci8Aufheben, Behind the Twenty-First Century Intifada..
Afin d’ériger un mur autour de la minorité arabe, de limiter au maximum son développement économique et culturel en Palestine, de la priver de ses sources de vie – terres, village, culture – bref, afin de judaïser la Palestine, toute une bureaucratie militaire a été mise en place en 1949. […] C’est ainsi qu’est apparu un réseau de gouverneurs militaires, de commissariats de police, d’agents, d’espions, de tribunaux militaires et de prisons, et, bien sûr, un climat de peur et de suspicion. Dans ce cadre, tous les aspects de la vie quotidienne de la communauté arabe étaient soumis au contrôle direct et arbitraire d’officiers désignés par le ministre de la Défense9Bober, The Other Israel, p.139..
Dans le même temps, les terres palestiniennes sont soit achetées par le FNJ, soit colonisées par des « pionniers » sionistes, soit expropriées par le nouvel État. Peretz estime que « 40 % des terres appartenant aux résidents arabes d’Israël ont été confisquées par les autorités dans le cadre de la politique relative aux biens des absents » et que plus de 80 % de la superficie totale d’Israël appartient à des réfugiés arabes10Cité dans Elia T. Zureik, The Palestinians in Israel : a Study in Internal Colonialism, Routledge, 1979, p.116. Le principe de la propriété juive des terres devient inscrit dans la loi israélienne, garantissant que toutes les ressources matérielles de l’État soutiendraient la dépossession des Palestiniens.
En 1960, la Knesset a promulgué la loi fondamentale sur les terres d’Israël, qui définit les terres de l’État selon le principe du Fond National Juif, dont la constitution originale stipule le droit inaliénable des Juifs sur la terre11Ibid., p.118..
L’acquisition de terres et l’exclusion du marché du travail israélien vont donc de pair pour garantir l’expropriation complète des travailleurs palestiniens.
Le résultat net est que, lorsque le Fond National Juif effectue un achat, les Arabes perdent non seulement la terre elle-même, mais aussi toute chance d’être employés sur cette terre12Great Britain and Palestine : 1915-1945, Information Paper No. 20, London, Royal Institute of International Affairs, 1946, p.36..
Comme l’a démontré l’étude de Nahla Abdo, cette exclusion du marché du travail israélien, combinée à la colonisation des terres palestiniennes et à la destruction de l’économie agraire palestinienne, créé un phénomène de « double subordination » qui conduit directement à la formation d’une population surnuméraire palestinienne, privée de son économie « naturelle » et incapable d’intégrer les circuits israéliens d’accumulation du capital.
Dans les colonies, la subordination de l’économie colonisée conduit finalement à sa dépendance totale vis-à-vis de l’économie capitaliste coloniale. […] La population indigène [est] transformée en réservoir de main-d’œuvre bon marché exploitée par l’économie capitaliste.
L’expérience coloniale de peuplement en Palestine […] présente des caractéristiques assez différentes. […] Il a été démontré que les Palestiniens indigènes ont été soumis à une double subordination : l’avènement du capitalisme et la ruine consécutive de leur économie « naturelle », qui ont entraîné leur expropriation de leurs terres ; et, par le biais des politiques racistes et nationalistes sionistes, ils ont été empêchés d’accéder à leurs terres, même en tant que travailleurs salariés.
Aussi contradictoire que puisse paraître cette relation d’exploitation/exclusion, c’est précisément cette dernière qui a caractérisé le mouvement colonial sioniste en Palestine13Nahla Abdo, « Colonial capitalism and agrarian social structure : Palestine : a case study”, Economic and Political Weekly, 1991, Vol. 26 No. 30, p.82..
Après le nettoyage ethnique de 1948 et la création de l’État d’Israël, les Palestiniens qui en sont devenus citoyens sont soumis à un régime militaire draconien jusqu’en 1966. Comme le dit Ahmad H. Sa’di, l’objectif était « non pas de les intégrer dans la société israélienne en tant que citoyens égaux, mais de les reléguer en marge de la société et du marché du travail, et de donner la primauté aux questions de sécurité dans leur traitement14Ahmad H. Sa’di, « Israel’s settler-colonialism as a global security paradigm’, Race & Class, 2021, Vol. 63, No.2, p.21-37.. »Ce traitement des « Palestiniens de 1948 » comme des citoyens de seconde zone, combiné aux impératifs économiques de l’État juif, conduit ainsi à la formation d’un marché du travail ségrégué racialement, dans lequel « l’exclusion conditionnelle » est dictée par les besoins immédiats de l’économie israélienne. Les taux de chômage élevés qui ont suivi l’immigration massive du début des années 50 rendent nécessaire une ségrégation raciale structurelle « afin d’éviter une situation dans laquelle [les travailleurs juifs] auraient dû concurrencer les travailleurs palestiniens15Ahmad H. Sa’di, « Incorporation without integration : Palestinian citizens in Israel’s labour market”, Sociology, August 1995, Vol. 29, No. 3, p.432.. » Il en résulte donc une « exclusion conditionnelle » dans laquelle les Palestiniens ne sont employés que dans les secteurs tendus à forte intensité de main-d’œuvre, et pour de courtes périodes.
Cette exclusion conditionnelle des Palestiniens du marché du travail a eu deux conséquences : premièrement, elle a permis la pérennité de l’idéologie du « travail hébreu » et, deuxièmement, elle a transformé la main-d’œuvre palestinienne en une armée de réserve pour l’économie israélienne16Ibid..
Occupation, intégration, et exploitation segmentée (1967-1993)
سجِّلْ ! أنا عربي؛ أعملُ مع رفاقِ الكدحِ في محجر؛ وأطفالي ثمانية؛ أسلُّ لهم رغيفَ الخبز، والأثواب، والدفتر؛ من الصخر.
محمود درويش, بطاقة هوية
L’intégration des Territoires Palestiniens Occupés
L’agression israélienne de 1967 et l’occupation subséquente de la Cisjordanie et de la bande de Gaza transforment la dynamique d’exclusion du « travail juif » en une dynamique d’intégration de la main-d’œuvre arabe dans l’économie israélienne. Les agriculteurs palestiniens, privés de leur économie « naturelle » (agraire) par la dépossession coloniale, la destruction méthodique de leurs moyens de productions et l’occupation militaire, sont prolétarisés en masse. Les quelques secteurs qui continuent à prospérer le font dans le cadre d’une subordination totale au capital israélien. C’est le cas de la principale activité industrielle en Cisjordanie avant l’occupation : l’industrie du marbre et de la pierre de construction :
Les carrières ont été déclarées « partie de la richesse nationale » c’est-à-dire protégées, et […] l’exploitation en a été limitée aux besoins de l’industrie israélienne, ou à ceux de l’édification des nouvelles colonies17Théo Cosme, Moyen-Orient 1945-2002 : Histoire d’une lutte de classes, Senonevero, 2003, p.145..
Sous l’impulsion de personnalités telles que Moshe Dayan, et contre l’avis du MAPAI, l’économie israélienne commence à intégrer la main-d’œuvre palestinienne bon marché dans son économie.
En novembre 1968, lors d’un débat à la Knesset sur l’intégration économique des territoires occupés, Moshe Dayan a cité les mesures suivantes […] pour intégrer les territoires occupés : 1) l’emploi en Israël de travailleurs de Judée-Samarie, d’artisans et d’un nombre limité d’autres ouvriers de Gaza ; 2) la création d’entreprises mixtes en Judée-Samarie ; 3) l’autorisation de créer une usine israélienne d’emballage d’agrumes près de Gaza et de mener des projets conjoints de culture maraîchère dans la bande de Gaza ; 4) l’intégration des transports entre la Judée-Samarie et la plaine côtière par le biais de compagnies de bus arabes et israéliennes ; 5) la suppression des droits de douane sur les marchandises entrant en Israël en provenance de Judée-Samarie ; 6) l’autorisation de vendre des produits agricoles provenant de Judée-Samarie en Israël ; 7) l’intégration des exportations d’agrumes de Gaza dans le fonctionnement de l’Office israélien de commercialisation des agrumes ; 8) des mesures conjointes de lutte contre les parasites et contre la propagation des maladies du bétail et de la volaille ; 9) également, des mesures ont été prises ou sont à l’étude pour relier Gaza et certaines parties de Judée-Samarie au réseau électrique israélien. […]
Une évaluation réaliste des relations d’Israël avec la Cisjordanie et la bande de Gaza est fournie par le ministère de la Défense : « ces régions constituent d’une part un marché supplémentaire pour les biens et services israéliens et d’autre part une source de facteurs de production, en particulier de main-d’œuvre non qualifiée, pour l’économie israélienne18Jan Metsger et al., This Land is Our Land : The West Bank under Israeli occupation, Zed Press, 1983, p.88-89.. »
L’idée est d’intégrer la bande de Gaza et la Cisjordanie économiquement mais pas politiquement, en maintenant les masses arabes hors de l’État juif tout en continuant à exploiter leur main-d’œuvre. Les travailleurs palestiniens servent ainsi d’armée de réserve pour le capital israélien. Cette armée de réserve permet à Israël d’accroître la compétitivité de sa production nationale, orientée vers l’exportation, tout en offrant un débouché aux produits fabriqués en Israël. À un moment où l’économie israélienne entre dans une nouvelle phase « caractérisé[e] par une insuffisance de main-d’œuvre, une croissance économique et un besoin de débouchés pour ses produits industriels19Antoine Mansour, Palestine : une économie de résistance en Cisjordanie et à Gaza, l’Harmattan, 1982, p.28. », l’intégration économique des Territoires Palestiniens Occupés (TPO) s’avère cruciale.
Prolétarisation et marché du travail segmenté
Après l’occupation de 1967, le marché du travail israélien est structuré comme système rigide, segmenté selon des critères ethniques et nationaux, divisé en un secteur primaire privilégié et un secteur secondaire exploité. Le secteur primaire (industrie, tourisme et armée), réservé aux travailleurs juifs, se caractérise par des entreprises à forte intensité de capital, une grande sécurité de l’emploi et une forte protection de la part de l’Histadrout. Le développement de ces secteurs et, plus généralement le « boom économique » de l’économie israélienne après 1967 sont en grande partie dus à « l’afflux massif de transferts financiers et militaires, principalement en provenance des États-Unis20Samih K. Farsoun et Christina E. Zacharia, Palestine and the Palestinians, Westview Press, 1997, p.224.. » Les travailleurs palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, eux, sont canalisés vers un secteur secondaire précaire, servant « d’armée de réserve » très flexible, principalement pour les industries de la construction et de l’agriculture21Voir Ahmad H. Sa’di, « Incorporation without integration : Palestinian citizens in Israel’s labour market”, Sociology, 1995, Vol. 29, No. 3..
Ainsi, l’économie civile israélienne, en particulier dans le secteur privé, devient largement dépendante de la main-d’œuvre arabe. La division nationale de la population dans les territoires gouvernés par Israël devient de plus en plus une division économiquement significative : d’un côté, le groupe privilégié employé dans les industries et les services liés à l’Etat, à l’armée et à la production stratégique – un groupe protégé, jouissant d’un certain monopole et d’une sécurité de l’emploi quasi totale, et dont les conditions de travail s’améliorent constamment grâce à des luttes organisées à des pressions politiques (par le biais de l’Histadrout, du Parti travailliste, etc.) ; et d’autre part, la partie « libre » de la classe ouvrière, qui confère à l’économie privée sa flexibilité et sa capacité à s’adapter aux crises. C’est ce dernier groupe qui transforme le réservoir de main-d’œuvre en un marché du travail au sens capitaliste classique et constitue […] l’armée de réserve de l’économie israélienne22Emmanuel Farjoun, ‘Palestinian Workers in Israel : a reserve army of labour’, Dapim Adumin No 5, 1978..
| Distribution occupationnelle des résidents Juifs et Arabes en Israël (années choisies entre 1969 et 1976 ; en pourcentage de la main-d’œuvre totale de chaque nationalité) (H. Harari, Israeli Arabs, 1976, in figures, Giv’at Havivah – Arab Studies no 10, p.21 cité dans Farjoun, « Palestinian workers in Israel… ».) |
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| Juifs | Arabes | |||
| A | B | A | B | |
| 1969 | 45.2 | 54.8 | 74 | 26 |
| 1970 | 44.4 | 55.6 | 71 | 29 |
| 1971 | 43 | 57 | 73 | 27 |
| 1973 | 40.5 | 59.5 | 65.7 | 34.3 |
| 1975 | 37 | 63 | 72 | 29 |
| 1976 | 36 | 64 | 67.7 | 32.3 |
| A – « cols bleus » – production. B – « cols blancs » – services. |
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| Nombre de travailleurs qualifiés pour un travailleur non-qualifié dans l’industrie et la construction (Israel Statistical Annuals, 1975-1977, IX, XII-I. cité dans Farjoun, « Palestinian workers in Israel… ».) |
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| Juifs | Arabes (résidents en Israël) | |
| 1973 | 5.1 | 2.3 |
| 1975 | 5.1 | 3.2 |
| 1976 | 4.7 | 3.5 |
Ce marché à deux niveaux institutionnalise de profondes inégalités : les travailleurs palestiniens sont concentrés dans des emplois peu qualifiés et ne perçoivent en moyenne qu’une partie du salaire gagné en moyenne par un travailleur juif israélien pour le même travail.
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Revenu net journalier des travailleurs palestiniens de Gaza et Cisjordanie en pourcentage du revenu brut journalier des travailleurs israéliens et juifs en fonction de la catégorie professionnelle (1975-1997) (Leila Farsakh, Palestinian Labour Migration to Israel : Labour Land and Occupation, Routledge, 2005, table 6.1) |
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| Catégorie occupationnelle | 1975 : revenu des Palestiniens en | 1981 : revenu des Palestiniens en | 1997 : revenu des Palestiniens en | |||
| % des Israéliens | % des juifs | % des Israéliens | % des juifs | % des Israéliens | % des juifs | |
| Qualifié et semi-qualifié | 88.5 | 87.9 | 82.9 | 81.4 | – | – |
| Non-qualifié | 93.1 | 91.0 | 90.2 | 87.2 | 66.3 | 66.5 |
| Agriculture | 86.2 | 84.4 | 68.6 | 68.1 | – | – |
| Caractéristiques des travailleurs israéliens et palestiniens (Gaza et Cisjordanie) dans le marché du travail israélien, 1973 et 1993 (pourcentages) (Ibid., table A10.) |
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| 1973 | 1993 | ||||||
| Total Israélien | Non-juifs | Palestiniens en Israël | Total Israélien | Non-juifs | Palestiniens en Israël | ||
| Caractéristiques démographiques | |||||||
| Homme | 68.9 | 88.3 | 98.0 | 58.9 | 79.3 | 98.0 | |
| Femme | 31.1 | 11.7 | 2.0 | 41.1 | 20.7 | — | |
| Moins de 25 ans | 22.4 | — | 46.1 | 20.7 | 28.1 | 25.1 | |
| Éducation | |||||||
| Pas d’éducation | 5.1 | 8.3 | 20.0 | 1.0 | 2.1 | 10.1 | |
| +13Pas d | 19.1 | — | — | 38.3 | 22.3 | 8.5 | |
| Occupation | |||||||
| Non-qualifié (agriculture exclue) | 19.0 | 37.2 | 45.6 | 3.7 | 6.1 | 32.9 | |
| Agriculture | 10.9 | 24.0 | 20.8 | 3.4 | 7.8 | 10.2 | |
| Col blanc | 56.3 | — | — | 68.9 | 41.2 | 17.5 | |
| Distribution sectorielle | |||||||
| Agriculture | 3.0 | 19.2 | 19.2 | 3.6 | 5.3 | 10.5 | |
| Construction | 8.3 | 25.0 | 51.8 | 6.8 | 21.1 | 55.6 | |
| Industrie | 27.9 | 15.1 | 18.1 | 21.3 | 22.8 | 15.1 | |
| Services | 60.8 | 40.7 | 10.9 | 68.3 | 50.8 | 18.8 | |
| Notes « Col blanc » inclut les scientifiques, le personnel universitaire, le personnel administratif, les managers, les clercs, ainsi que les commerciaux ; « non-qualifié » exclut l’agriculture et les travailleurs de production qualifiés. |
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La prolétarisation de la main-d’œuvre palestinienne est largement réalisée grâce à la destruction méthodique de leur économie agraire traditionnelle par la confiscation de l’eau et des terres (l’attribution des deux dépendent de l’État et du FNJ) et la dissuasion de l’agriculture. « En 1980, l’État [israélien] avait pris le contrôle de 70 % des terres appartenant aux Palestiniens », et parmi les terres arables palestiniennes restantes, seules 8,5 % sont équipées de réseaux d’irrigation23Sa’di, « Incorporation without integration… », p.441-42.. En Cisjordanie, quatre-vingt-sept pourcents de toutes les terres irriguées sont expropriées par des colons juifs24Adam Hanieh, Lineages of Revolt : Issues of Contemporary Capitalism in the Middle East, Haymarket Books, 2013, p.104.. Ces politiques « ont pour effet d’appauvrir les paysans, de provoquer un exode rural et de créer de nouveaux chômeurs qui devront soit émigrer, soit travailler dans des entreprises israéliennes25Mansour, Palestine : une économie de résistance…, p.34.. » Cette évolution conduit donc à une dépendance de la population palestinienne vis-à-vis des revenus fournis par l’emploi israélien. Contrairement au processus classique de toute économie en développement, la libération de la main-d’œuvre agricole n’a pas entrainé l’expansion de la main-d’œuvre dans l’industrie et le secteur manufacturier. Dans la bande de Gaza en particulier, la « déqualification » de la main-d’œuvre palestinienne combinée à la perte de main-d’œuvre agricole, « reflétait l’affaiblissement croissant de l’économie [et] l’incapacité de l’emploi intérieur à absorber l’expansion de la force de travail26Sara Roy, The Gaza Strip : The Political Economy of De-development, Institute for Palestine Studies, 1995, p.218.. »La main-d’œuvre palestinienne doit donc se tourner vers l’emploi israélien, ce qui conduit à une situation où, jusqu’à la fin des années 1980, les travailleurs frontaliers palestiniens représentent plus d’un tiers de la population active occupée et génèrent plus d’un quart du produit national brut des TPO27 Leila Farsakh, « Palestinian labor flows to the Israeli economy : a finished story ? », Journal of Palestine Studies XXXII, No.1 (Autumn 2002), p.13-27 ; Elizabeth Ruppert Bulmer, « The Impact of Israeli Border Policy on the Palestinian Labor Market », Economic Development and Cultural Change, Vol.51, No.3, 2003.
Entre 1970 et 1984, la main-d’œuvre de Gaza travaillant en Israël est passée de 6,000 à 40,000 personnes, soit une augmentation de plus de 500 %. En 1984, la main-d’œuvre de Gaza employée en Israël représentait 85 % de la main-d’œuvre employée à l’intérieur même de Gaza.
Cependant, ces chiffres […] ne reflètent pas le nombre important de travailleurs du marché noir qui travaillent de manière non officielle en Israël. Parmi ce groupe figurent des enfants âgés de 8 à 15 ans. Les autorités israéliennes estiment que le nombre de travailleurs illégaux représente entre 25 et 30 % des travailleurs légaux28Sara Roy, The Gaza Strip : a demographic, economic, social and legal survey, The Jerusalem Post, 1986, p.32..
Attache traditionnelle et reproduction raciale-nationale du prolétariat palestinien
Comme détaillé précédemment, la politique israélienne post-1967 combine l’intégration économique avec l’exclusion politique et géographique. Cette intégration en demi-teinte a des conséquences importantes sur la prolétarisation des paysans palestiniens. En effet, cette dernière est « incomplète » en ce que, dans les années 70 en Cisjordanie, l’emploi en Israël s’accompagne souvent d’agriculture de subsistance dans les TPO29Naseer H. Aruri (ed.), Occupation : Israel over Palestine, Association of Arab-American University Graduate Press, 1983, p.240-241.. Les prolétaires palestiniens ne sont donc pas entièrement arrachés à leurs moyens de productions. Cette situation convient parfaitement aux employeurs israéliens qui devraient payer des salaires de subsistance bien plus importants si leurs employés habitaient les villes israéliennes30Ibid.. De plus, cette prolétarisation « incomplète » et l’attache aux structures villageoises et familiales qui en découle, combiné à l’usage massif de la sous-traitance, permet d’éviter la formation d’un mouvement ouvrier organisé31Jan Metzger et al., This Land is Our Land : the West Bank under Israeli occupation, Zed Press, 1983, p.126-27.. Le prolétaire palestinien est éloigné de son exploiteur et se trouve d’abord en contact avec le sous-traitant palestinien et l’administration militaire israélienne. Le conditionnement total de l’emploi salarié aux structures de l’État et du capital israélien signifie également que la lutte du prolétariat contre le capital est médiatisée à travers sa lutte contre la domination israélienne, structure englobante de son exploitation. La « classe pour soi » se forme autour de l’identité palestinienne parce que la « classe vis-à-vis du capital32Karl Marx, Misère de la Philosophie, Marxists.org, p.100. » est reproduite dans son exploitation vis-à-vis du capital israélien. Les prolétaires palestiniens « sont en contradiction avec le capital en tant que capital israélien, […] ils sont eux-mêmes posés, dans leur contradiction avec le capital, comme capital israélien, comme prolétaires palestiniens, sans société palestinienne33Cosme, Op. cit., p.157. »
Dans les territoires occupés, l’identité palestinienne est reproduite en tant que segmentation de la force de travail. Depuis vingt-quatre ans d’occupation des territoires, Il n’y a jamais eu de mise en place d’une structure coloniale d’exploitation. Soit les Palestiniens sont chassés pour laisser la place à des colonies juives repliées sur elles-mêmes par rapport à leur environnement immédiat, soit les habitants des territoires sont intégrés en tant que prolétaires dans l’économie israélienne, cela tout autant comme chômeurs ou exclus définitifs.
Le rapport contradictoire entre Palestiniens et Israël n’est pas un rapport de peuple colonisé à colonisateurs. Ce n’est pas un rapport de colonisation mais spécifiquement d’exploitation, qui se développe dans un cadre de segmentation de la force de travail34Ibid.158..
Le caractère national du soulèvement du prolétariat palestinien lors de la Première Intifada constitue donc à la fois une limite objective du mouvement et la conséquence directe du rapport d’exploitation des prolétaires palestiniens. L’alliance de classe en Palestine entre le prolétariat, la petite-bourgeoisie, et les cadres du mouvement de libération nationale est alors possible parce que « dans son ensemble, le peuple palestinien tout entier est soumis au colonialisme et à l’apartheid, dont le fil conducteur est la domination et le contrôle juif35Rinad Abdulla, « Colonialism and Apartheid against Fragmented Palestinians : Putting the Pieces Back Together », State Crime Journal, Vol. 5, No.1, 2016, p.68.. » Le prolétaire palestinien se trouve donc également dans une situation ambivalente où ses intérêts convergent avec la résistance armée en ce qu’elle s’oppose à la domination israélienne, mais divergent en ce que les élites de cette résistance aspirent à l’intégration dans le capital israélien.
La subordination de l’économie intérieure
Dans le même temps, Israël transforme ce qui reste de l’économie palestinienne à la fois en débouché pour sa production industrielle et alimentaire et en force productive captive dépendante de la sous-traitance et des exportations vers Israël, garantissant ainsi que la main-d’œuvre palestinienne, même à l’intérieur des TPO, travaillerait en fin de compte pour Israël. Dans la bande de Gaza, dès 1969, 50 % de la main-d’œuvre industrielle est employée dans la sous-traitance des secteurs du textile et de la fabrication de chaussures36Cosme, Op. cit., p.145.. Dans le même temps, l’occupation de la vallée du Jourdain et la colonisation des hauts plateaux occidentaux de Cisjordanie (en particulier les zones à l’est de Qalqilya et Tulkarem) conformément au plan Sharon fait que les Palestiniens, privés de leur production agricole, « sont devenus presque entièrement dépendants des importations alimentaires israéliennes pour leur survie quotidienne37Hanieh, Lineages of Revolt, p.103.. »Le commerce devient un outil de dé-développement et de dévaluation du travail palestinien en Cisjordanie et à Gaza. La politique des « ponts ouverts » menée par Israël en matière de commerce palestinien avec des partenaires commerciaux non israéliens…
… a été largement utilisée par Israël pour stimuler ses exportations, déguisées en exportations des TPO vers les pays arabes afin de contourner le boycott économique mené par ces derniers. Les relations commerciales israélo-palestiniennes sont donc restées dominées par des niveaux beaucoup plus élevés d’exportations israéliennes vers les TPO, ce qui a sapé l’agriculture et l’industrie palestiniennes, qui sont restées axées sur des procès de production à faible valeur ajoutée, peu compétitifs et à forte intensité de main-d’œuvre. La dépendance des TPO vis-à-vis d’Israël en tant que principal partenaire économique et commercial est une caractéristique destructrice qui perdure depuis lors et qui a été renforcée par la pratique susmentionnée des entreprises israéliennes consistant à sous-traiter des travaux à l’économie palestinienne, riche en main-d’œuvre, pour les réexporter vers Israël et au-delà38Mandy Turner et Omar Shweiki, Decolonizing Palestinian Political Economy : De-development and Beyond, Palgrave Macmillan, 2014, p.16..
Les accords d’Oslo, le colonialisme néolibéral et la bantoustanisation (post-1993)
Aber Ihr Friede und ihr Krieg
Sind wie Wind und Sturm.
Bertolt Brecht, Deutsche Kriegsfibel
L’économie israélienne subit une restructuration néolibérale majeure à partir du milieu des années 1980, caractérisée par des privatisations, des dérèglementations et l’affaiblissement de l’État providence. Cela se traduit par un abandon de « l’économie fordiste raciale définie par le soutien de l’État à la production industrielle et agricole, un État providence racialisé et un marché du travail segmenté [split labour market]39Andy Clarno, Neoliberal Apartheid : Palestine/Israel and South Africa after 1994, The University of Chicago Press, 2017, p.13. » au profit d’une approche néolibérale de l’exploitation raciale et coloniale. Le processus de « paix » qui suit le soulèvement héroïque du prolétariat palestinien pendant la Première Intifada (1987-1993)40Pour une analyse de la Première Intifada, de ses contradictions, de sa place dans le contexte régional, etc., voir Cosme, Moyen-Orient 1945-2002, p.149-63. s’avère être une occasion pour Israël de réorganiser les structures de son occupation coloniale et de son exploitation de la main-d’œuvre palestinienne.
Fermeture des frontières
Les accords d’Oslo (1993) et le Protocole de Paris sur les Relations Économiques (1994) marquent l’institutionnalisation de la transition du « modèle Dayan » intégratif des années 1970 vers un régime de séparation et de « cloisonnement » – que Roy décrit comme « la caractéristique économique déterminante de la période post-Oslo41Sara Roy, « De-development Revisited : Palestinian Economy and Society since Oslo », Journal of Palestine Studies, Vol. 28, No. 3, p.64.. » Ces accords permettent à Israël de déterminer unilatéralement l’étendue et les conditions de la circulation de la main-d’œuvre pour des raisons de sécurité, mettant fin à la libre circulation et établissant un système restrictif de permis et de fermeture. Dès le départ, l’objectif des négociateurs israéliens était de réduire l’accès des travailleurs palestiniens à Israël :
Le groupe d’experts économique conseillant l’équipe de négociation a recommandé de réduire le nombre de travailleurs palestiniens à moins de 70,000 ouvrant ainsi la voie à un changement dans la structure des liens économiques entre les territoires palestiniens et Israël42Farsakh, Palestinian Labour Migration to Israel, p.128..

Pourcentage de travailleurs palestiniens des TPO (noir : Cisjordanie ; gris : bande de Gaza) employés en Israël, 1968-2000 (Leila Farsakh, « Palestinian Labor Flows to the Israeli Economy : A Finished Story ? », Journal Of Palestine Studies, XXXII, no.1, Autumn 2002, Figure 2.)
| Travailleurs palestiniens de Gaza et de Cisjordanie par lieux d’emploi, 1992-2004 (en milliers et pourcentages, arrondis à l’entier le plus proche) (Farsakh, Palestinian Labour Migration to Israel, Op. cit., table A4.) |
||||||||||||
| Année | Cisjordaniens employés dans | Gazaouis employés dans | Cisjordaniens et Gazaouis | |||||||||
| TPO | Israël | Total | % en Israël | TPO | Israël | Total | % en Israël | TPO | Israël | Total | % en Israël | |
| 1992 | 132 | 73 | 205 | 35 | 72 | 43 | 115 | 38 | 204 | 116 | 320 | 36 |
| 1993 | 148 | 54 | 201 | 27 | 84 | 30 | 115 | 27 | 232 | 84 | 316 | 27 |
| 1995 | 246 | 62 | 308 | 20 | 105 | 4 | 109 | 3 | 346 | 66 | 417 | 17 |
| 1996 | 263 | 52 | 315 | 17 | 110 | 10 | 120 | 8 | 373 | 62 | 435 | 15 |
| 1997 | 283 | 68 | 351 | 20 | 108 | 14 | 120 | 11 | 391 | 83 | 473 | 17 |
| 1998 | 304 | 96 | 400 | 24 | 125 | 24 | 149 | 16 | 429 | 120 | 549 | 22 |
| 1999 | 310 | 108 | 418 | 26 | 144 | 27 | 171 | 16 | 454 | 135 | 589 | 23 |
| 2000 | 351 | 116 | 467 | 25 | 162 | 30 | 192 | 15 | 513 | 145 | 658 | 22 |
| 2003 | 361 | 51 | 411 | 13 | 174 | 6 | 180 | 3 | 535 | 57 | 591 | 10 |
| 2004 | 396 | 57 | 453 | 13 | 165 | 1 | 166 | 0.4 | 561 | 58 | 619 | 10 |
La raison pour laquelle Israël est prêt, à ce moment-là, à fermer ses frontières aux travailleurs palestiniens est l’importation massive de travailleurs étrangers en provenance de l’Est. En octobre 1994, Israël avait déjà importé environ 59,000 travailleurs d’Europe de l’Est et d’Asie du Sud-Est43Samih K. Farsound et Christina E. Zacharia, Palestine and the Palestinians, Westview Press, 1997, p.277.. L’existence d’une source alternative de main-d’œuvre bon marché signifie que les préoccupations sécuritaires prévalent au niveau de la gestion de la main-d’œuvre palestinienne. Cela permet à Israël de procéder à des fermetures totales de la migration de main-d’œuvre dans des cas tels que les attentats-suicides perpétrés par des combattants du Hamas en 1996. Ces fermetures sont à la fois une mesure sécuritaire, une punition collective et une autre stratégie d’effacement du peuple palestinien dans son ensemble (comme l’analyse de la politique de gestion du travail palestinien dans le contexte du génocide actuel nous permettra de le démontrer plus loin dans cet article).
Moins de deux ans après la création de l’Autorité Palestinienne (mai 1994 à mars 1996), Israël avait déjà imposé plus de 300 jours de fermeture totale de la bande de Gaza, pendant lesquels les pertes économiques quotidiennes s’élevaient à 6 millions de dollars44Palestinian Centre for Human Rights, Report on the total closure imposed by Israel on the Occupied Territories, 5 mars 1996..
Comme attendu, les conséquences sont désastreuses pour les Palestiniens des TPO :
Depuis la création de l’Autorité Palestinienne en juillet 1994, le coût de la vie a augmenté de 25 % et le niveau de vie a chuté de manière spectaculaire. Dans un sondage d’opinion réalisé après la création de l’Autorité, 44 % des personnes interrogées estimaient que leur niveau de vie avait baissé, 45 % déclaraient qu’il n’avait pas changé et seulement 10 % affirmaient que leur situation s’était améliorée45Farsound et Zacharia, Palestine and the Palestinians, p.278..
Cette paupérisation directement liée à la politique frontalière israélienne est à l’origine d’un regain de mécontentement et de résistance de la part des travailleurs palestiniens, qui s’est notamment illustré lors des « émeutes qui ont éclaté au poste-frontière d’Erez en juillet 1994 entre des travailleurs palestiniens cherchant du travail en Israël et l’armée israélienne ; […] qualifiées par les médias de ‘bataille pour un morceau de pain’ menée par un ‘prolétariat enragé’46Ibid.. »
Bantoustanisation en Cisjordanie
La situation post-Oslo est également marquée par une séparation croissante entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, Israël menant des politiques de gestion de la main-d’œuvre différentes dans ces deux enclaves. En Cisjordanie, la fin des possibilités d’emploi en Israël s’accompagne d’une nouvelle vague de colonisation juive et d’un contrôle militarisé des déplacements de l’emploi des Palestiniens. Ces politiques conduisent à un processus qui a été décrit comme une « bantoustanisation », c’est-à-dire « la transformation des zones palestiniennes en réserves de main-d’œuvre de facto dont les palestiniens ne peuvent pas facilement sortir sans un permis délivré par les autorités israéliennes47Farsakh, « Palestinian labor flows to the Israeli Economy… », p.14. »
Loin d’être une caractéristique accidentelle du développement israélien depuis Oslo, ce processus est délibéré, ancré dans les accords, et découle directement des intérêts israéliens « principalement territoriaux et non économiques48Ibid., p.15. » en Cisjordanie et à Gaza. La séparation entre les zones A, B et C et le contrôle israélien sur la sortie et l’entrée des biens et des personnes entre les zones palestiniennes et le monde extérieur – tous deux inscrits dans Oslo II – signifient intrinsèquement la création d’enclaves palestiniennes servant de réserve de main-d’œuvre pour les colonies juives. De plus, Oslo II fait que les flux de main-d’œuvre sont régulés « en fonction de considérations militaires plutôt qu’économiques49Ibid., p.15-16.. »
Le protocole d’Oslo II relatif aux affaires civiles (annexe III) précisait que le seul document légal autorisant un Palestinien à travailler dans un établissement israélien était un permis délivré par les autorités militaires israéliennes (article 11)50Ibid..
Oslo II favorise d’autant plus la bantoustanisation en se rendant complice du développement des colonies :
En vertu de l’article V d’Oslo I, les colonies ne devaient être discutées que lors des négociations sur le statut final. Les accords d’Oslo n’ont pas confirmé l’illégalité de ces colonies, comme le soutient le droit international, ni empêché la croissance des colonies israéliennes et l’appropriation des terres, qui étaient vouées à préempter les négociations sur le statut final et à compromettre l’intégrité territoriale des TPO, que l’article IV d’Oslo I avait promis de préserver51Ibid..
Entre septembre 1993 et août 2001, plus de 70,000 acres (28,300 hectares) de terres palestiniennes sont saisies, principalement pour l’expansion des colonies israéliennes et la construction d’infrastructures pour ces dernières52The Palestinian Initiative for the Promotion of Global Dialogue and Democracy (MIFTAH), Fact Sheet—Home Demolition and Land Confiscation, October 8 2001., et la population des colons double presque, passant de 109,784 à 213,672 personnes53Sara Roy, Failing Peace : Gaza and the Palestinian-Israeli Conflict, Pluto Press, 2007, p.253..Ces politiques conduisent à la formation de réserves de main-d’œuvre palestinienne captive, dont le travail est employé (soit directement, soit plus souvent par le biais de la sous-traitance) dans les colonies juives plutôt que dans les TPO ou en Israël54Farsakh, Palestinian Labour Migration to Israel, p.162-72.. Le caractère captif de ces enclaves de main-d’œuvre a bien été montré dans une enquête du Centre pour la Démocratie et les Droits des Travailleurs, réalisée en 2011, dans laquelle 82 % des Palestiniens employés dans les colonies ont déclaré qu’ils quitteraient leur emploi s’ils pouvaient trouver une alternative convenable55Cité dans Haidar Eid et Andy Clarno, « Rethinking Our Definition of Apartheid : Not Just a Political Regime », Al-Shabaka, Août 2017.. Comme le disent Haidar Eid et Andy Clarno :
Les seuls emplois disponibles aujourd’hui pour les Palestiniens de Cisjordanie consistent à construire des colonies israéliennes sur des terres palestiniennes confisquées ou à travailler avec les forces de sécurité de l’Autorité Palestinienne pour aider Israël à réprimer la résistance palestinienne à l’apartheid56Ibid..
| Raisons de travailler dans les colonies et en Israël (Farsakh, Palestinian Labour Migration to Israel, table 8.7.) |
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| De Salfite | De Jalazon | En Israël | |
| Pourquoi travailler dans les colonies plutôt qu’en Cisjordanie ? | |||
| Salaires | 50 % | 65 % | — |
| Le seul travail disponible | 50 % | 11.5 % | — |
| Instabilité de l’emploi en Cisjordanie | 0 % | 23.5 % | — |
| Travailler vous parfois en Cisjordanie ? | |||
| Oui | 33 % | 16 % | 33 % |
| Non | 67 % | 84 % | 67 % |
| Pourquoi travailler dans les colonies plutôt qu’en Israël ? | |||
| Accès plus aisé | 56 % | 65 % | — |
| Salaires | 0 % | 0 % | — |
| Le seul travail disponible | 20 % | 29 % | — |
| Stabilité de l’emploi | 24 % | 6 % | — |
| Travailliez-vous en Israël avant de travailler dans les colonies ? | |||
| Avant 1993 | 33 % | 33.3 % | 80 % |
| Après 1993 | 6.6 % | 24.7 % | 20 % |
| Pas d’expérience de travail en Israël | 60.4 % | 42.0 % | — |
| Impacts des politiques sécuritaires israéliennes | |||
| Les checkpoints affectent négativement votre travail | 23.0 % | 13.0 % | 63 % |
| Les fermetures affectent négativement votre mobilité | 43.0 % | 11.7 % | 53 % |
| Total (nombre d’observations) | 30 | 34 | 30 |
| Modèle de recrutement des travailleurs palestiniens dans les colonies et en Israël (Ibid., table 8.8.) |
|||
| De Salfite | De Jalazon | En Israël | |
| Pour qui travaillez-vous ? | |||
| Un sous-traitant palestinien | 66 % | 60 % | 0 % |
| Une entreprise israélienne | 23 % | 6 % | 100 % |
| Autres | 11 % | 34 % | 0 % |
| Comment avez-vous obtenu votre emploi actuel ? | |||
| Par un sous-traitant palestinien | 40 % | 35 % | 6 % |
| Par des amis | 16 % | 41 % | 46 % |
| Par d’autres moyens | 54 % | 24 % | 48 % |
| Depuis quand travaillez-vous avec le sous-traitant ? | |||
| Années moyennes | 5.7 | 2.5 | — |
| Ecart type | 3.8 | 2.1 | — |
| Années moyennes de travail dans les colonies | 7.4 | 3.7 | — |
| Travailleurs étrangers | |||
| Disponibles sur les sites de travail | 33 % | 47 % | 73 % |
| Ils constituent une menace pour l’emploi palestinien | 0 % | 7 % | 30 % |
| Nombre total | 30 | 34 | 30 |
Prolétariat surnuméraire dans le ghetto de Gaza
Alors que la Cisjordanie continue à s’intégrer à l’économie israélienne, la bande de Gaza s’en éloigne de plus en plus. Entre 1995 et 2000, l’emploi en Israël représente en moyenne moins de 12 % de la population active de Gaza, contre plus de 35 % dans les années 1980. Dans le même temps, le chômage atteint 15 à 32 %, contre 7 à 19,6 % en Cisjordanie.
| Main-d’œuvre à Gaza et en Cisjordanie 1995-2004 (en milliers, à part si spécifié autrement) (Farsakh, Palestinian Labour Migration to Israel, table A7.) |
||||||
| Année | Changement absolu dans le nombre d’employés | Pourcentage de la main-d’œuvre au chômage | Quantité de main-d’œuvre | |||
| TPO | Israël | Total | Nombre d’employés | |||
| Cisjordanie | ||||||
| 1995-1996 | 16.9 | -9.9 | 7.0 | 77.0 | 19.6 | 392.0 |
| 1996-1997 | 19.8 | 16.2 | 36.0 | 74.0 | 17.3 | 426.0 |
| 1997-1998 | 21.4 | 27.6 | 49.0 | 52.0 | 11.5 | 452.0 |
| 1998-1999 | 5.7 | 12.3 | 18.0 | 44.0 | 9.5 | 462.0 |
| 1999-2000 | 41.4 | 7.6 | 49.0 | 38.0 | 7.2 | 505.0 |
| 1995-2000 | 105.4 | 53.6 | 159.0 | |||
| 2000-2004 | 44.9 | -58.8 | -13.9 | |||
| Bande de Gaza | ||||||
| 1995-1996 | 5.2 | 6.4 | 15.0 | 55.0 | 32.5 | 169.0 |
| 1996-1997 | -2.3 | 4.1 | 5.0 | 47.0 | 26.8 | 176.0 |
| 1997-1998 | 16.7 | 9.8 | 19.0 | 39.0 | 20.9 | 188.0 |
| 1998-1999 | 19.1 | 2.7 | 22.0 | 35.0 | 16.9 | 205.0 |
| 1999-2000 | 18.0 | 2.9 | 22.0 | 35.5 | 15.1 | 227.5 |
| 1995-2000 | 57.7 | 26.0 | 83.0 | |||
| 2000-2004 | 3.1 | -28.6 | -25.5 | |||
Contrairement à la Cisjordanie, où la main-d’œuvre palestinienne est encore utile dans les colonies, celle de Gaza s’avère inutile pour l’économie israélienne. Ainsi, le contrôle total d’Israël sur la politique frontalière a ici des conséquences complètement différentes. Alors que « les accords ont officialisé la juridiction d’Israël sur les frontières territoriales de Gaza », celle-ci est « reléguée à la marge, politiquement et géographiquement éloignée des centres de la vie commerciale, culturelle et politique palestinienne, et coupée des zones voisines57Safa Joudeh, « Defying exception : Gaza after the ‘Unity Uprising’ », Journal of Palestine Studies, Vol. 50, No.4, 2021.. » Au lieu d’une réserve de main-d’œuvre captive, la population de Gaza devient un prolétariat de chômeurs, une population surnuméraire confinée dans une prison à ciel ouvert. La restructuration de l’économie israélienne décrite précédemment permet à Israël de poursuivre sa politique coloniale d’exclusion, intrinsèquement génocidaire58Voir Patrick Wolfe, « Settler Colonialism and the Elimination of the Native », Journal of Genocide Research, Vol.8, No.4, 2006, p.387-409 sur la « logique d’élimination » intrinsèque au colonialisme de peuplement., qui caractérise le sionisme depuis les premières colonies juives. Israël bloque presque toutes les entrées et sorties de la bande de Gaza, instaurant ainsi un nouveau rapport entre les Palestiniens de la bande de Gaza et Israël médiatisée uniquement par le prisme sécuritaire et guerrier. Loin du modèle Dayan des années 70, les Palestiniens de Gaza sont désormais considérés uniquement comme des combattants potentiels et la bande de Gaza comme un champ de bataille59Joudeh, « Defying exception… », Op. cit...Ces politiques atteignent un nouveau niveau avec le blocus (toujours en cours à l’heure actuelle) de la bande de Gaza en 2007, qui bloque toutes entrées et sorties de l’enclave tant vers Israël que vers l’Égypte. Il en résulte un taux de chômage qui atteint 45,3 % en 2022 (le plus élevé du monde) et une dépendance de 80 % des Palestiniens de la bande de Gaza à l’égard de l’aide internationale60Chiffres de la CNUCED, cités dans Larry Elliot, « UN report : 80 % of Gaza inhabitants relied on international aid before war », The Guardian, 25 octobre 2023..

Taux de chômage en Cisjordanie, à Gaza et en Palestine (Palestinian Central Bureau of Statistics, Labour Force Survey 2022.)
C’est précisément le caractère de ce prolétariat en tant que population surnuméraire qui permet aujourd’hui le génocide de se dérouler à Gaza. L’improductivité et donc l’inutilité des Palestiniens de Gaza pour Israël est l’une des principales raisons pour lesquelles la réponse à l’évasion de ce camp de concentration lors de l’opération Déluge d’al-Aqsa est la destruction totale de la bande et le massacre de sa population61Voir Emilio Minassian, « Gaza : une militarisation extrême de la guerre de classe en Israël-Palestine », Le serpent de mer, 30 octobre 2023 ainsi que Gargi Bhattacharyya et al., « Capital’s Genocide : A conversation on racial capitalism, settler colonialism, and possible worlds after Gaza », Journal of Holy Land and Palestine Studies, Vol.23, No.2, 2024, p.165-86..
Le marché captif
La main-d’œuvre palestinienne qui n’est pas exclue de l’économie ou confinée dans les bantoustans de Cisjordanie reste indirectement soumise à l’exploitation israélienne, car la production intérieure palestinienne dépend entièrement de l’économie israélienne. Le protocole de Paris sur les relations économiques permet à Israël « d’officialiser l’union douanière unilatérale qu’il avait imposée aux TPO depuis 196762Toufic Haddad, Palestine Ltd. Neoliberalism and Nationalism in the Occupied Territory, I.B. Tauris, 2016, p.101. », traitant Israël et les TPO comme une seule et même zone douanière, privant ainsi les Palestiniens du contrôle des « instruments fiscaux, monétaires, de taux de change, commerciaux et de politique du travail nécessaires pour concevoir et mettre en œuvre des politiques efficaces, cohérentes et intégrées visant à parvenir à un développement économique durable et équitable63UNCTAD, Rebuilding the Palestinian Tradable Goods Sector : Towards Economic Recovery and State Formation, 2011, p.2.. » Cet accord accentue le caractère captif du marché palestinien, tout en garantissant que la production palestinienne reste non compétitive en raison des coûts de transaction élevés et de l’accès restreint aux intrants. En conséquence, le déficit commercial atteint 37 % du PIB en 2017 (l’un des plus élevés au monde), Israël absorbant 79 % des exportations palestiniennes totales et représentant 81 % de ses importations entre 1972 et 201764CNUCED, Rapport sur l’assistance de la CNUCED au peuple palestinien : Evolution de l’économie du territoire palestinien occupé, 2018, p.3-7..
L’économie palestinienne est donc entièrement façonnée par les besoins et volontés d’Israël :
Ainsi les récoltes sollicitées par Israël ou destinées à l’exportation vers l’Europe (comme l’aubergine, la fraise ou les tomates-cerises) se substituent progressivement à celles jusqu’alors destinées aux marchés local et régional. Les Palestiniens deviennent quant à eux très largement tributaires des importations en provenance d’Israël pour satisfaire leurs propres besoins alimentaires. Il en va de même pour l’industrie où des mesures sont prises pour empêcher toute concurrence et encourager au contraire des relations de sous-traitance au profit des producteurs israéliens65Taher Labadi, « Économie palestinienne : de quoi parle-t-on (encore) ? », Revue des Mondes Musulmans et de la Méditerranée, 2020, p.5..
Ethnicisation et culturalisation de la lutte de classe après Oslo
Comme expliqué précédemment, le prolétariat palestinien est reproduit comme segmentation de la force de travail en contradiction avec le capital israélien. Mais la nature nationale-étatique de la lutte qui en découle n’est opérante que dans la mesure où le prolétariat s’affirme en tant que classe, car c’est son opposition au capital israélien qui le définit en tant que classe comme palestinien. C’est cette affirmation qui est remise en cause dans les luttes post-Oslo.
L’exclusion de la main-d’œuvre palestinienne, et le discrédit du projet de construction nationale-étatique incarné par l’AP remettent en cause les dynamiques de la lutte de classe dans les TPO. Lors de la seconde Intifada, le soulèvement du prolétariat ne revêt plus de caractère national, « sa reproduction devenue aléatoire dans son rapport direct au capital israélien est renvoyée à des solidarités primaires comme la famille, le village, le quartier, la mosquée et ses services66Cosme, Op. cit., p.256.. » La militarisation du soulèvement par l’OLP constitue alors une réponse à cette « ethnicisation » et « culturalisation » de la lutte de classe en tentant de « replacer le soulèvement dans une perspective nationale67Ibid., p.257.. »
Cette nouvelle dynamique de la reproduction de la main-d’œuvre palestinienne est particulièrement observable dans le cas du prolétariat surnuméraire gazaoui, qui a constitué un terreau fertile pour la montée du Hamas sur des bases religieuses et caritatives durant l’immédiat post-Oslo (1994-2000), alors même que l’OLP se compromettait dans la mise en place de l’AP. Comme l’explique Aitemad Muhannah, une ancienne militante du Front Populaire de Libération de la Palestine :
Le Hamas a décidé de réorienter ses préoccupations, passant de l’action politico-militaire au travail social et communautaire, ainsi qu’à la mobilisation massive des valeurs et des pratiques religieuses. Il a créé un grand nombre d’associations caritatives communautaires qui fournissent une aide humanitaire aux familles dans le besoin, celles qui ont été privées de leurs besoins fondamentaux par le gouvernement laïc corrompu selon le Hamas. À cette époque, le Hamas a renforcé l’éducation religieuse par le biais des mosquées, qui ont attiré un grand nombre de femmes et d’enfants pauvres des camps et des zones rurales68Aitemad Muhannah, « Gender, Nation and Class in the First Intifada », The Commune, issue 13, p.7..
Malgré le discrédit du projet national-étatique incarné par les organes politiques de la résistance, « les prolétaires luttent sous les drapeaux qui s’offrent à eux », et « un drapeau palestinien, et même un drapeau du Fatah ou du Hamas, sont potentiellement des étendards de lutte, qui, selon les contextes, échappent aux gestionnaires politiques69Emilio Minassian, « Gaza : une militarisation extrême de la guerre de classe en Israël-Palestine », Le serpent de mer, 30 octobre 2023. Il est également important de distinguer les appareils politiques et répressifs – qui agissent comme des proto-états externalisant la répression du prolétariat palestinien pour le compte d’Israël – des appareils militaires. Alors même que les mujahidin des brigades Izz al-Din al-Qassam frappent l’appareil sécuritaire et répressif israélien, les forces de sécurité du Hamas à Gaza répriment les luttes du prolétariat.. »
Travail et Effacement au milieu d’un Génocide
Niemand
Zugt für den
Zeugen
Paul Celan, Aschenglorie
La situation actuelle en Palestine représente l’aboutissement d’une « logique d’élimination70Wolfe, « Settler Colonialism and the Elimination of the Native », Op. cit.. » coloniale que l’on retrouve dans l’attitude d’Israël envers la main-d’œuvre palestinienne depuis l’établissement des premières colonies juives, et qui se traduit depuis Oslo par une logique génocidaire d’effacement et de disposabilité planifiée. À partir du 7 octobre 2023, le gouvernement israélien met en œuvre une stratégie de guerre économique totale. Immédiatement, Israël révoque les permis de travail de 120,000 Palestiniens qui traversaient quotidiennement la frontière pour se rendre en Israël et empêche l’entrée aux 80,000 autres travailleurs sans permis ; « seuls 7,000 ont pu revenir, dans des secteurs considérés comme essentiels71Isabelle Mandraud, « Bannis d’Israël, les ouvriers palestiniens luttent pour leur survie », Le Monde, 23 octobre 2025.. » Une extrême pauvreté frappe alors 200,000 familles. Selon les mots d’un travailleur palestinien de 29 ans à Al-Ram qui était auparavant employé légalement en Israël pour près de 6,400 shekels [un peu plus de 1,670 €] par mois : «Il n’y a pas assez de travail en Cisjordanie, et souvent payé pas plus de 50 shekels [13 euros] par jour72Ibid.. »
À cette exclusion massive s’ajoute la détention arbitraire et la torture de plus de 10,000 travailleurs gazaouis qui se trouvaient légalement en Israël au début de l’opération génocidaire, dont 3,200 ont été dépouillés de leurs biens et expulsés de force vers une zone de guerre, tandis que 6,441 ont été transférés vers la Cisjordanie occupée (plus d’un millier sont alors considérés comme disparus)73OHCHR, Thematic Report : Detention in the context of the escalation of hostilities in Gaza (October 2023-June 2024), 31 July 2024, p.3..Pour tenter de trouver du travail, certains Palestiniens de Cisjordanie essaient de passer illégalement en Israël où ils restent quelques jours pour faire le même travail qu’avant la guerre, dans la crainte constante d’être arrêtés par les autorités israéliennes. Les employeurs ferment largement les yeux sur cette main-d’œuvre illégale, mais l’armée israélienne réagit avec une extrême brutalité aux traversées illégales, ayant tué 55 hommes de cette manière entre octobre 2023 et décembre 202474Chiffres de la Fédération Générale Palestinienne des Syndicats, cité dans Mandraud, « Bannis d’Israël… »..
Pour contourner l’exclusion de la main-d’œuvre palestinienne, Israël restructure son marché du travail et importe des travailleurs étrangers par milliers. Les données publiées par L’Autorité de l’État Civil et de l’immigration (PIBA) en janvier 2026 montrent que « près de 61,000 nouveaux permis de travail ont été délivrés à des travailleurs étrangers en 2025 afin de combler le déficit croissant de main-d’œuvre, portant le nombre total de travailleurs étrangers à 227,044 », et « selon Moshe Nakash, directeur de l’administration des travailleurs étrangers à la PIBA, ce quota pourrait encore augmenter75Keren Setton, « Foreign workers replace Palestinian labor in Israel, face hurdles », The Jerusalem Post, 5 Janvier 2026.. » Pour le gouvernement israélien, « le retour des travailleurs palestiniens en Israël [serait] une grave erreur », selon les termes du ministre de l’Économie Nir Barkat en mars 202476Cité dans Sam Nokol, « Netanyahu, Barkat clash over delayed decision to allow in foreign workers to replace Palestinians », The Times of Israel, 12 mars 2024.. L’intention a toujours été la même : effacer et remplacer les Palestiniens ; et le génocide à Gaza a donné à Israël une occasion unique d’éliminer les Palestiniens de Cisjordanie de son économie, rendant leur vie insupportable et ouvrant la voie à leur effacement total. Le gouvernement israélien estime que nuire temporairement à l’économie israélienne77En février 2024, la moitié des sites de construction du pays étaient à l’arrêt à cause de la pénurie de main-d’œuvre, « Israel to bring in foreign building workers to replace Palestinians », Reuters, 4 février 2024. et risquer un soulèvement en Cisjordanie78Ofek Balisha, « Reinstating West Bank Palestinian workers may prevent another violent conflict », The Jerusalem Post, 7 février 2024. est un moindre mal afin d’ouvrir la voie vers l’éradication totale du peuple palestinien.
En conséquence de ces politiques, le chômage grimpe à 35 % en Cisjordanie avant de redescendre à 28 % en l’espace de deux ans. Les emplois qui subsistent sont extrêmement précaires, puisque « 43 % des salariés du secteur privé sont embauchés sans contrat de travail79Palestinian Central Bureau of Statistics (PCBS), The Results of the Labour Force Survey in the West Bank Third Quarter (July-September, 2025), 15 décembre 2025. » (T3 2025) et plus de 28 % n’ont qu’un accord verbal avec leur employeur (T1 2025)80ILO and PCBS brief, The two-year war in Gaza : impacts on employment and livelihoods in the West Bank, octobre 2025, p.6. Même pour ceux qui parviennent à trouver un emploi dans l’économie nationale, les revenus chutent car « ces travailleurs peuvent espérer des salaires quatre à dix fois supérieurs en Israël81Mandraud, « Bannis d’Israël… », Op. cit... »

Taux de chômage en Cisjordanie, T1-2023 – T3-2025 (PCBS, The Results of the Labour Force Survey…, 15 décembre 2025.)
La situation en Cisjordanie correspond au « pire déclin économique depuis que la CNUCED a commencé à tenir des registres en 1972 » en raison de « la violence, de l’expansion accélérée des colonies et des restrictions à la mobilité des travailleurs82UNCTAD, Developments in the economy of the Occupied Palestinian Territory, 30 septembre 2025, p.4.. » Les mécanismes d’adaptation mis en place après octobre 2023 commencent seulement à porter leurs fruits avec une augmentation de 9,9 % du PIB réel au cours de l’année 2024.

Taux de croissance du PIB réel (en dollars constants de 2015) en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, T1 2023 – T1 2025 (ILO and PCBS, The two-year war in Gaza, Figure 1.)
Dans le même temps, le gouvernement palestinien traverse sa « pire crise budgétaire à ce jour », Israël ayant retenu et déduit des montants supérieurs à 1,76 milliard de dollars des recettes fiscales palestiniennes (dont plus des deux tiers sont sous contrôle israélien) entre janvier 2019 et avril 202583UNCTAD, Developments in the economy of…, Op. Cit., p.8.. L’Autorité Palestinienne est incapable de trouver d’autres sources de revenus, en raison d’un manque total de recettes fiscales et de la perte des 4 milliards de dollars précédemment injectés dans l’économie palestinienne par les travailleurs frontaliers84Yohanan Tzoreff et Esteban Klor, Returning Palestinian Workers From the West Bank to Work in Israel, INSS Insight No. 1832, 4 mars 2024.. L’économie de la Cisjordanie sous contrôle de l’Autorité Palestinienne est donc au bord de l’effondrement.

Déductions et retenues unilatérales annuelles par Israël (en millions de dollars) (UNCTAD, Developments in the economy of…, Figure 4.)
Conclusion
Nur um der Hoffnungslosen willen ist uns die Hoffnung gegeben.
Walter Benjamin, Goethes Wahlverwandtschaften
La situation actuelle du travail palestinien est, comme on a pu le voir, le résultat d’une logique coloniale d’exploitation et d’exclusion dont l’origine remonte aux premiers mots d’ordre de la colonisation juive en Palestine. L’exclusion, l’effacement et, finalement, le remplacement du peuple palestinien sur sa propre terre ont été l’objectif du mouvement sioniste depuis sa création, mais les conditions spécifiques dans lesquelles cet effacement se produit actuellement sont le résultat d’une évolution particulière de l’État d’Israël au long de son histoire. La destruction de l’économie agraire palestinienne et la prolétarisation des paysans, puis l’intégration de la main-d’œuvre dans un marché du travail israélien racialisé entre la guerre des Six Jours et la première Intifada ont préparé le terrain pour la formation d’une population surnuméraire à Gaza et d’une réserve de main-d’œuvre captive en Cisjordanie. En faisant du prolétariat palestinien un segment de la force de travail de son économie, Israël préparait la disposabilité de ces travailleurs. Le processus d’Oslo a simplement permis à cette dynamique déjà présente d’atteindre sa nouvelle étape logique.
Aujourd’hui, avec l’extermination de la population de Gaza et la destruction totale de la bande de Gaza, une nouvelle étape est franchie. Le prolétariat surnuméraire du ghetto de Gaza est noyé sous les bombes, mais les Palestiniens de Cisjordanie ne sont pas épargnés non plus. La fermeture de toute migration de main-d’œuvre, combinée à l’une des plus grandes vagues de colonisation de l’histoire d’Israël et au remplacement de la main-d’œuvre palestinienne par des travailleurs étrangers, conduit à une situation désastreuse.

Nombres d’avant-postes établis par an (Chiffres de Peace Now au 10/12/2025 [consulté le 11/01/2025].)
La Cisjordanie risque elle aussi de devenir un ghetto, à l’image de la bande de Gaza durant les 30 ans qui séparent Oslo du génocide actuel. C’est-à-dire une réserve pour un immense prolétariat surnuméraire, sans économie nationale ni investissements internationaux. Bien qu’un remplacement total de la main-d’œuvre palestinienne semble difficile pour Israël dans un avenir immédiat85Voir les contributions de Jonathan Preminger et Raja Khalidi dans Jonathan Shamir, « Between Exclusion and Exploitation », Jewish Currents, 20 mars 2024., l’extrême droite israélienne semble déterminée à procéder à cette profonde restructuration au nom d’impératifs politiques. Derrière les déclarations sécuritaires de Ben-Gvir ou de Smotrich se cache le vieux rêve sioniste d’une destruction totale du peuple palestinien. Selon les termes d’Ihab Maharmeh, « l’attaque d’Israël contre le travail palestinien n’est pas seulement une question économique, mais aussi une question existentielle, car elle constitue un élément central des efforts du régime pour effacer les Palestiniens86Ihab Maharmeh, « Israel’s Exploitation of Palestinian Labor : A Strategy of Erasure », Al-Shabaka, 5 janvier 2025.. »
Une question demeure : de la rationalité économique ou de la volonté politiques du colonialisme israélien, laquelle prendra le dessus ? Est-ce l’intention génocidaire d’un Ben-Gvir ou la préférence pour les travailleurs palestiniens d’un Eliyahu Revivo87Cité dans Shamir, « Between Exclusion and Exploitation ». (président de la commission spéciale de la Knesset sur les travailleurs étrangers) qui déterminera le futur de la Cisjordanie ? Leila Farsakh pointait avec justesse que « le travail est l’un des meilleurs outils [d’Israël] pour pacifier les palestiniens88Ibid. », mais il reste à savoir si Israël souhaite ou non la paix en Cisjordanie.
Une chose est sûre, l’Autorité Palestinienne, impuissante, au bord de la ruine, corrompue891Tariq Dana, « Corruption in Palestine : A Self-Enforcing System », Al-Shabaka, 18 août 2015. et alignée sur les intérêts israéliens depuis sa création ne sera pas en mesure (ni disposée) à arrêter Israë90« Plutôt que de s’élever au niveau d’une crise sans précédent, les élites bien établies de l’AP se sont accrochées à un cadre discrédité, ont vidé leurs institutions de leur substance par le clientélisme et les décrets arbitraires, et ont fermé toute réelle voies vesr un renouveau politique inclusif. Il ne reste plus qu’un édifice fragile de loyautés personnelles et d’illusions d’autorité, incapable d’affronter la réalité que ses anciens partenaires et sponsors ont abandonné le principe même sur lequel l’AP a été fondé. » Anas Iqtait, « The Palestinian Authority Since October 2023 : Flawed Expectations and Failed Leadership », Journal of Palestine Studies, Vol.53, No.4, p.84.l. Quant à la résistance armée, elle a subi des coups dévastateurs au cours des deux dernières années (y compris en Cisjordanie) et, malgré sa résilience héroïque, il semble très peu probable qu’elle puisse à elle seule renverser la tendance.
Si rien n’est fait, la mort, dont la lenteur en Cisjordanie ne saurait amoindrir la brutalité, est assurée pour l’ensemble du peuple palestinien. Aujourd’hui encore, le prolétariat palestinien se dresse seul face à l’entité sioniste, ses alliés internationaux et face aux intérêts du capital régional et international.
- 1Ilan Pappe, The Ethnic cleansing of Palestine, Oneworld Publications, 2006, p.47-48 [Le nettoyage ethnique de la Palestine, La Fabrique, 2025].
- 2Arie Bober (ed.), The Other Israel : The Radical Case Against Zionism, Anchor Books, 1972, p.38-39.
- 3Ilan Pappe, Ten Myths about Israel, Verso Books, 2017, p.43-44 [Les Dix Légendes structurantes d’Israël, Les Nuits Rouges, 2022].
- 4Bober, The Other Israel, p.11.
- 5« Peu après sa création, l’Histadrout était devenue la principale source d’emplois juifs en Palestine, exerçant ainsi un contrôle très centralisé sur tous les aspects de la vie des travailleurs tout en essayant de leur fournir un ‘salaire européen’. En 1933, pas moins de 75 % de la main-d’œuvre juive était membre de l’Histadrout, et le pouvoir de la fédération en tant qu’employeur de masse lui a permis de contenir l’inflation salariale tout en mettant en œuvre la politique du travail hébreu. » Andrew Ross, Stone Men : The Palestinians Who Built Israel, Verso Books, 2019.
- 6Aufheben, Behind the Twenty-First Century Intifada, Treason Press, 2004 [Derrière l’Intifada du XXIe siècle, Échanges et Mouvement, 2003].
- 7Ross, Stone Men.
- 8Aufheben, Behind the Twenty-First Century Intifada.
- 9Bober, The Other Israel, p.139.
- 10Cité dans Elia T. Zureik, The Palestinians in Israel : a Study in Internal Colonialism, Routledge, 1979, p.116
- 11Ibid., p.118.
- 12Great Britain and Palestine : 1915-1945, Information Paper No. 20, London, Royal Institute of International Affairs, 1946, p.36.
- 13Nahla Abdo, « Colonial capitalism and agrarian social structure : Palestine : a case study”, Economic and Political Weekly, 1991, Vol. 26 No. 30, p.82.
- 14Ahmad H. Sa’di, « Israel’s settler-colonialism as a global security paradigm’, Race & Class, 2021, Vol. 63, No.2, p.21-37.
- 15Ahmad H. Sa’di, « Incorporation without integration : Palestinian citizens in Israel’s labour market”, Sociology, August 1995, Vol. 29, No. 3, p.432.
- 16Ibid.
- 17Théo Cosme, Moyen-Orient 1945-2002 : Histoire d’une lutte de classes, Senonevero, 2003, p.145.
- 18Jan Metsger et al., This Land is Our Land : The West Bank under Israeli occupation, Zed Press, 1983, p.88-89.
- 19Antoine Mansour, Palestine : une économie de résistance en Cisjordanie et à Gaza, l’Harmattan, 1982, p.28.
- 20Samih K. Farsoun et Christina E. Zacharia, Palestine and the Palestinians, Westview Press, 1997, p.224.
- 21Voir Ahmad H. Sa’di, « Incorporation without integration : Palestinian citizens in Israel’s labour market”, Sociology, 1995, Vol. 29, No. 3.
- 22Emmanuel Farjoun, ‘Palestinian Workers in Israel : a reserve army of labour’, Dapim Adumin No 5, 1978.
- 23Sa’di, « Incorporation without integration… », p.441-42.
- 24Adam Hanieh, Lineages of Revolt : Issues of Contemporary Capitalism in the Middle East, Haymarket Books, 2013, p.104.
- 25Mansour, Palestine : une économie de résistance…, p.34.
- 26Sara Roy, The Gaza Strip : The Political Economy of De-development, Institute for Palestine Studies, 1995, p.218.
- 27Leila Farsakh, « Palestinian labor flows to the Israeli economy : a finished story ? », Journal of Palestine Studies XXXII, No.1 (Autumn 2002), p.13-27 ; Elizabeth Ruppert Bulmer, « The Impact of Israeli Border Policy on the Palestinian Labor Market », Economic Development and Cultural Change, Vol.51, No.3, 2003
- 28Sara Roy, The Gaza Strip : a demographic, economic, social and legal survey, The Jerusalem Post, 1986, p.32.
- 29Naseer H. Aruri (ed.), Occupation : Israel over Palestine, Association of Arab-American University Graduate Press, 1983, p.240-241.
- 30Ibid.
- 31Jan Metzger et al., This Land is Our Land : the West Bank under Israeli occupation, Zed Press, 1983, p.126-27.
- 32Karl Marx, Misère de la Philosophie, Marxists.org, p.100.
- 33Cosme, Op. cit., p.157
- 34Ibid.158.
- 35Rinad Abdulla, « Colonialism and Apartheid against Fragmented Palestinians : Putting the Pieces Back Together », State Crime Journal, Vol. 5, No.1, 2016, p.68.
- 36Cosme, Op. cit., p.145.
- 37Hanieh, Lineages of Revolt, p.103.
- 38Mandy Turner et Omar Shweiki, Decolonizing Palestinian Political Economy : De-development and Beyond, Palgrave Macmillan, 2014, p.16.
- 39Andy Clarno, Neoliberal Apartheid : Palestine/Israel and South Africa after 1994, The University of Chicago Press, 2017, p.13.
- 40Pour une analyse de la Première Intifada, de ses contradictions, de sa place dans le contexte régional, etc., voir Cosme, Moyen-Orient 1945-2002, p.149-63.
- 41Sara Roy, « De-development Revisited : Palestinian Economy and Society since Oslo », Journal of Palestine Studies, Vol. 28, No. 3, p.64.
- 42Farsakh, Palestinian Labour Migration to Israel, p.128.
- 43Samih K. Farsound et Christina E. Zacharia, Palestine and the Palestinians, Westview Press, 1997, p.277.
- 44Palestinian Centre for Human Rights, Report on the total closure imposed by Israel on the Occupied Territories, 5 mars 1996.
- 45Farsound et Zacharia, Palestine and the Palestinians, p.278.
- 46Ibid.
- 47Farsakh, « Palestinian labor flows to the Israeli Economy… », p.14
- 48Ibid., p.15.
- 49Ibid., p.15-16.
- 50Ibid.
- 51Ibid.
- 52The Palestinian Initiative for the Promotion of Global Dialogue and Democracy (MIFTAH), Fact Sheet—Home Demolition and Land Confiscation, October 8 2001.
- 53Sara Roy, Failing Peace : Gaza and the Palestinian-Israeli Conflict, Pluto Press, 2007, p.253.
- 54Farsakh, Palestinian Labour Migration to Israel, p.162-72.
- 55Cité dans Haidar Eid et Andy Clarno, « Rethinking Our Definition of Apartheid : Not Just a Political Regime », Al-Shabaka, Août 2017.
- 56Ibid.
- 57Safa Joudeh, « Defying exception : Gaza after the ‘Unity Uprising’ », Journal of Palestine Studies, Vol. 50, No.4, 2021.
- 58Voir Patrick Wolfe, « Settler Colonialism and the Elimination of the Native », Journal of Genocide Research, Vol.8, No.4, 2006, p.387-409 sur la « logique d’élimination » intrinsèque au colonialisme de peuplement.
- 59Joudeh, « Defying exception… », Op. cit..
- 60Chiffres de la CNUCED, cités dans Larry Elliot, « UN report : 80 % of Gaza inhabitants relied on international aid before war », The Guardian, 25 octobre 2023.
- 61Voir Emilio Minassian, « Gaza : une militarisation extrême de la guerre de classe en Israël-Palestine », Le serpent de mer, 30 octobre 2023 ainsi que Gargi Bhattacharyya et al., « Capital’s Genocide : A conversation on racial capitalism, settler colonialism, and possible worlds after Gaza », Journal of Holy Land and Palestine Studies, Vol.23, No.2, 2024, p.165-86.
- 62Toufic Haddad, Palestine Ltd. Neoliberalism and Nationalism in the Occupied Territory, I.B. Tauris, 2016, p.101.
- 63UNCTAD, Rebuilding the Palestinian Tradable Goods Sector : Towards Economic Recovery and State Formation, 2011, p.2.
- 64CNUCED, Rapport sur l’assistance de la CNUCED au peuple palestinien : Evolution de l’économie du territoire palestinien occupé, 2018, p.3-7.
- 65Taher Labadi, « Économie palestinienne : de quoi parle-t-on (encore) ? », Revue des Mondes Musulmans et de la Méditerranée, 2020, p.5.
- 66Cosme, Op. cit., p.256.
- 67Ibid., p.257.
- 68Aitemad Muhannah, « Gender, Nation and Class in the First Intifada », The Commune, issue 13, p.7.
- 69Emilio Minassian, « Gaza : une militarisation extrême de la guerre de classe en Israël-Palestine », Le serpent de mer, 30 octobre 2023. Il est également important de distinguer les appareils politiques et répressifs – qui agissent comme des proto-états externalisant la répression du prolétariat palestinien pour le compte d’Israël – des appareils militaires. Alors même que les mujahidin des brigades Izz al-Din al-Qassam frappent l’appareil sécuritaire et répressif israélien, les forces de sécurité du Hamas à Gaza répriment les luttes du prolétariat.
- 70Wolfe, « Settler Colonialism and the Elimination of the Native », Op. cit..
- 71Isabelle Mandraud, « Bannis d’Israël, les ouvriers palestiniens luttent pour leur survie », Le Monde, 23 octobre 2025.
- 72Ibid.
- 73OHCHR, Thematic Report : Detention in the context of the escalation of hostilities in Gaza (October 2023-June 2024), 31 July 2024, p.3.
- 74Chiffres de la Fédération Générale Palestinienne des Syndicats, cité dans Mandraud, « Bannis d’Israël… ».
- 75Keren Setton, « Foreign workers replace Palestinian labor in Israel, face hurdles », The Jerusalem Post, 5 Janvier 2026.
- 76Cité dans Sam Nokol, « Netanyahu, Barkat clash over delayed decision to allow in foreign workers to replace Palestinians », The Times of Israel, 12 mars 2024.
- 77En février 2024, la moitié des sites de construction du pays étaient à l’arrêt à cause de la pénurie de main-d’œuvre, « Israel to bring in foreign building workers to replace Palestinians », Reuters, 4 février 2024.
- 78Ofek Balisha, « Reinstating West Bank Palestinian workers may prevent another violent conflict », The Jerusalem Post, 7 février 2024.
- 79Palestinian Central Bureau of Statistics (PCBS), The Results of the Labour Force Survey in the West Bank Third Quarter (July-September, 2025), 15 décembre 2025.
- 80ILO and PCBS brief, The two-year war in Gaza : impacts on employment and livelihoods in the West Bank, octobre 2025, p.6
- 81Mandraud, « Bannis d’Israël… », Op. cit..
- 82UNCTAD, Developments in the economy of the Occupied Palestinian Territory, 30 septembre 2025, p.4.
- 83UNCTAD, Developments in the economy of…, Op. Cit., p.8.
- 84Yohanan Tzoreff et Esteban Klor, Returning Palestinian Workers From the West Bank to Work in Israel, INSS Insight No. 1832, 4 mars 2024.
- 85Voir les contributions de Jonathan Preminger et Raja Khalidi dans Jonathan Shamir, « Between Exclusion and Exploitation », Jewish Currents, 20 mars 2024.
- 86Ihab Maharmeh, « Israel’s Exploitation of Palestinian Labor : A Strategy of Erasure », Al-Shabaka, 5 janvier 2025.
- 87Cité dans Shamir, « Between Exclusion and Exploitation ».
- 88Ibid.
- 891Tariq Dana, « Corruption in Palestine : A Self-Enforcing System », Al-Shabaka, 18 août 2015.
- 90« Plutôt que de s’élever au niveau d’une crise sans précédent, les élites bien établies de l’AP se sont accrochées à un cadre discrédité, ont vidé leurs institutions de leur substance par le clientélisme et les décrets arbitraires, et ont fermé toute réelle voies vesr un renouveau politique inclusif. Il ne reste plus qu’un édifice fragile de loyautés personnelles et d’illusions d’autorité, incapable d’affronter la réalité que ses anciens partenaires et sponsors ont abandonné le principe même sur lequel l’AP a été fondé. » Anas Iqtait, « The Palestinian Authority Since October 2023 : Flawed Expectations and Failed Leadership », Journal of Palestine Studies, Vol.53, No.4, p.84.